Après midi normande

24 01 2010

Après midi normande  dans Amitie planchen

A cette époque là, lui, son truc c’était la planche à voile, les sports de glisse en général, le ski l’hiver, la planche l’été. .. Tandis que  je recherchais la force et l’endurance, lui voulait la grâce et l’équilibre.

Comme nous étions amis, il voulait me convaincre : « Mais si, tu devrais essayer! La planche c’est génial, on éprouve des sensations incroyables quand le flotteur décolle, on n’a plus l’impression de toucher l’eau! »

J’étais plus que sceptique ….Déjà, pratiquer la planche à voile quand on habite en région parisienne pour moi c’était un peu comme aimer parler philosophie quand on travaille chez Infini ‘tif au centre commercial de Parly II : la frustration assurée. Et puis, je trouvais que  cette sensation de liberté, dont il me parlait, cadrait mal avec cette débauche de matériel qu‘il fallait charrier, arrimer, porter, monter, démonter,  laver,  rincer, fixer, porter encore et ranger. Icare avec des semelles de plomb.

Mais nous étions amis.

Et c’est ainsi qu‘un jour d’avril je me retrouvai dans une Renault Super5  au toit recouvert de « matos » : les flotteurs, les wishbones, les mats, les lattes, les combinaisons, les harnais  et, bien entendu,  les voiles. Et des voiles, il en fallait! A chaque force de vent son triangle de tissu plus ou moins grand. L’échelle de Beaufort était recouverte de nylon de toutes les couleurs. Force 3 la voile bleue, force 4 la rouge … C’était finalement assez poétique …

Tous ses petits confettis d’arc en ciel, c’est sur la plage de Cabourg qu‘il avait décidé de les étaler. La météo était maussade et le vent quasi nul mais de toute façon on avait une bonne heure devant nous: il fallait « gréer ». Et avec cette débauche de matériel, on n’était pas au bout de nos peines.

Malgré tout, au bout d’un long moment, tout était prêt: les flotteurs attendaient la mise à l’eau, les voiles faisaient leur jolie mosaïque sur le sable. Il ne nous restait qu‘à enfiler les combinaisons. C’est à ce moment que je compris l’extrême complexité de ce sport… Enfiler la combinaison néoprène sans se luxer une épaule, sans se tordre un pouce ou s’arracher un ongle, tout en évitant la crise de nerf et l’asphyxie: il est là l’exploit principal. Après une telle épreuve, chevaucher les vagues c’est comme lire un Cauvin quand on s’est farci « A la recherche du temps perdu »: de la petite bière

Quoi qu‘il en soit, quand  la deuxième peau noire fut mise,  le vent n’était toujours pas là.

La patience ! Ce doit être  la première qualité du véliplanchiste! Le vent, l’indispensable souffle d’air faisait sa diva: il se faisait attendre, se cachait, passait au large, mollissait, se faisait changeant et jouait avec les nerfs des planchistes parisiens. Nous avions trouvé refuge dans sa voiture où tournait en boucle une cassette d’Ella Fitzgerald et nous attendions. Cette musique  légère, fluide, était à l’exact opposé de notre après midi, elle donnait une impression de facilité, la voix aérienne déchirait la grisaille normande si triste. Il guettait  un vent qui se refusait et je nous observais si ridicules et si attendrissants dans nos combinaisons noires, bloqués dans une petite voiture à manger nos « Prince chocolat », à écouter  The First Lady of Song.

Soudain, un nuage, venu de l’horizon, amena quelques risées, il sauta sur sa planche, la mit à l’eau et fit quelques bords. Tandis qu’il s’adonnait aux joies de son sport je restais dans la voiture à écouter notre cassette,  le vent était trop fort pour moi! Quelle rigolade! Puis, pour que l’échec de l’entreprise soit total, le vent disparut comme il était arrivé: le nuage l’avait emmené dans son sillage. Mon ami restait en rade et fut obligé de rentrer à la nage. C’était la totale déconfiture.

Mais il y avait  Ella Fitzgerald : tout allait forcément bien. Depuis cette après midi là, si j’entends un de ses morceaux, je ferme les yeux et je nous revois coincés dans la R5, je sens l’odeur du néoprène et je mange des Princes ensablés qui crissent sous les dents .

Tout était loupé et pourtant c’était une après midi parfaite : nous étions amis.

 

 


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3 réponses à “Après midi normande”

  1. 26 01 2010
    agnesdunblogfr (21:33:37) :

    Un texte nostalgique et drôle. Parfaitement écrit.
    On est avec toi d’ un bout à l’ autre…
    Même Ella est là

    Je t’ embrasse fort :)

  2. 26 01 2010
    agnesdunblogfr (21:35:31) :

    Il me semble que je la connais, cette mouette…… )

  3. 26 01 2010
    lesmomentsparfaits (21:45:29) :

    Tu traines tellement sur les rivages à observer la mer que, forcément, tu dois connaître toutes les mouettes, non?
    Merci pour ton commentaire. Je l’attendais , un peu …anxieux ;-)

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