Chercher les œufs

1022010

 

Chercher les œufs  dans Enfance memepetite

 

 

L’humanité se partage en deux catégories : ceux qui ont cherché les œufs avec leur grand-mère et les autres. Les seconds ne connaissent de l’activité que la recherche des confiseries chocolatées, à Pâques.

Les pauvres.

Heureusement, j’appartiens à la première.

Elle prenait son panier et me disait «  Tu viens Killy? on va chercher les œufs . »

A pas lent, courbée par l’âge et les travaux des champs, ceux d’avant les machines agricoles, ceux de la binette et de la fourche, elle m’entrainait pour une course au trésor. Habillée de son éternel tablier noir, elle me suivait à travers la cour de la ferme. Je courais devant avec l’excitation et l’impatience de l’enfance, elle suivait lentement, souriante, avec la bienveillance d’une mémé pour son petit fils. Les mamies c’était à la ville, à la campagne c’était encore les mémés.

On commençait toujours par le poulailler où pondaient les poules les plus sages. Les gallinacées les plus conformistes y couvaient, à l’abri, bien installés dans leur corbeille d’osier. L’activité, à ce stade, n’était pas passionnante, on déplaçait la volaille et on lui volait son œuf. Pas bien compliqué. Il fallait toutefois distinguer les œufs frais des leurres que ma grand-mère laissait pour tenter de  fidéliser la basse-cour. Elle espérait ainsi regrouper les pondeuses et  éviter de « galoper » toute la ferme.

« Galoper »  C’était son terme. C’était ma joie.

Avec ce « galop » on entrait dans le vif du sujet. On partait dans l’inconnu. Le grand voyage, la quête d’un gamin de 8 ans.

Les poules les plus indisciplinées pouvaient s’être installées n’importe où.

Dans l’ancien four à pain, dans un grenier désaffecté, dans le coffre d’une vieille automobile laissée à l’abandon au milieu d’un pré. Mais leur préférence allait surtout au hangar à paille. Là, les bottes empilées irrégulièrement, laissaient des trous où la volaille aimait pondre. Certaines caches étaient connues, il fallait alors enfoncer le bras et sonder le vide de la main pour voir si l’œuf était là. Parfois la poule était dessus, et je devais vaincre ma peur d’enfant pour avancer ainsi le bras dans le noir, à la rencontre des plumes et du bec.

Le bonheur suprême était atteint quand j’escaladais quelques bottes en équilibre instable et que je découvrais une cachette inaccessible inconnue de ma grand-mère.

L’œuf ainsi découvert était le plus important.

L’omelette du soir, accompagnée du récit de mon exploit,  n’en était que meilleure.

Surtout quand elle était aux truffes !

 

Mais c’est une autre histoire….

 




Les bulles d’enfance

24012010

Les bulles d’enfance dans Enfance bullesd
Les bulles d’enfance

Comme les bulles de Perrier qui s’accrochent résolument aux parois du verre et refusent leur destin, parfois des morceaux d’enfance restent coincés en nous.
Je ne parle pas de nos personnalités, de notre refus de vieillir, je parle des minuscules naïvetés, des micros-ignorances qui attendent cachées au fond de nous. On a évolué, appris des millions de choses, connus de milliers de mots, des centaines  de visages et des dizaines de corps. On est devenu adulte, petit à petit, lentement tout s’est transformé en nous, on a passé et repassé notre enfance au tamis. Chaque événement a été revécu, revisité et analysé.
Mais, de temps en temps, un petit lambeau de vie qui nous avait échappé, vieux de 35 ans, se décroche et apparaît sous nos yeux. C’est une petite machine à remonter le temps…
On relit l’Astérix par-dessus l’épaule de nos enfants et l’on comprend soudain le jeu de mots qui nous échappait depuis si longtemps !
On se rend un jour compte qu’on fait invariablement la même  faute d’orthographe depuis 30 ans.
On apprend étonné et honteux que les dragons n’ont jamais existé, on découvre que, non, les crapauds ne sont pas les maris des grenouilles.
Mi honteux d’avoir laissé échapper cette petite bêtise, mi attendri de se revoir dans les draps à carreaux du lit de notre enfance, on a soudain le gamin de l’école primaire que l’on était sous nos yeux.

Une bulle d’enfance vient d’éclater, un fragment de nos vies vient de prendre 35 ans en 2 secondes.
2 secondes parfaites : je viens d’avoir 10 ans , coco boer dans les poches de mes culottes courtes et  genoux écorchés.







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